atelier-aa-casablanca-1

collage-tlbb-2

TLBB magazine : Racontez nous votre rencontre autour de l’architecture et le fait de travailler ensemble ?
AA : AA est une agence d’Architecture marocaine basée à Casablanca, née de la rencontre de deux architectes DESA, Adil Abadi et Ali Khalidi. Les premiers liens se tissent sur les bancs de l’Ecole Spéciale d’Architecture de Paris en 2006, et se consolideront jusqu’en 2016, année de la création de l’agence.

Très vite, nous avons partagé un même intérêt pour le projet d’Architecture. Nous avons commencé notre collaboration pendant nos années d’études à travers des binômes dans les différents ateliers, et puis, diplôme en poche, nous avons mis en pratique nos connaissances conceptuelles et techniques au sein d’agences, et puis nous en avons parfait d’autres.

Notre expérience a démarré au sein du département d’architecture du siège de Louis Vuitton à Paris où nous avons développé nos connaissances et nos sensibilités de l’architecture d’intérieur et du design mobilier, et puis elle s’est poursuivie au sein de l’agence AWM à Casablanca, où nous avons travaillé sur des projets de grande envergure aussi diversifiés les uns que les autres.

Durant ces différentes expériences nous travaillions également en binôme pour tous nos projets, partageant et croisant nos approches, chacun rebondissant sur l’idée de l’autre pour finalement n’en faire qu’une. Notre volonté a toujours été de rassembler nos énergies autour d’une dynamique commune de questionnement de l’espace à des échelles variées.

L’idée a émergé trois ans plus tard, au moment où nous avons senti que nous souhaitions exprimer notre savoir-faire et nos idées en notre nom. L’idée de créer notre propre atelier a alors rapidement fait son chemin.

atelier-aa-casablanca

TLBB magazine : On assiste de plus en plus à des architectes qui travaillent en collectif ou en binôme, à votre avis pourquoi ? 
AA : Pour nous, un projet réussi est un projet construit collectivement. Toutes les grandes références que nous gardons à l’esprit ont toujours été co-imaginées dans un travail d’équipe entre différents profils complémentaires. La confrontation des idées de chacun et la prise en compte de tous les avis sont un atout dans toute conception architecturale.

Mis à part le travail de conception d’un projet, le binôme ou le collectif garantit une disponibilité constante sur chaque projet. Chacun des membres de l’équipe intervient sur l’ensemble des projets créant ainsi une réelle dynamique, permettant une réactivité et une attention particulière dans la réponse aux attentes de la maîtrise d’ouvrage.

Aujourd’hui, il y a à notre sens plusieurs métiers d’architectes regroupés en un et avec lesquels chacun de nous est plus ou moins familiarisé et doit composer: l’architecte pro-relationnel doué pour l’accès à la commande, l’architecte administratif qui connaît tous les rouages du système, l’architecte manageur qui sait faire tourner une entreprise et maîtrise les enjeux de sa communication, et l’architecte qui est au cœur de la dynamique de production conceptuelle architecturale d’une agence, avec une responsabilité énorme: la responsabilité de qualité. Nous pensons que pour toutes ces raisons, et afin de relever tous ces défis, aujourd’hui nombre d’architectes font le choix de s’associer.

tlbb-ok-2

tlbb-ok-3

TLBB magazine : Comment pouvez vous parler de votre démarche architecturale, autrement dit c’est quoi votre philosophie ?
AA : L’architecture est pour nous un engagement au quotidien pour contribuer à l’avancement des questions touchant à la construction d’un demain vivable et durable pour tous, un demain que nous comptons léguer à nos enfants et aux générations à venir. Nous pensons que les différents usagers de la ville peuvent tous être acteurs de leur aménagement à des échelles très variées.
Cette quête, proche de l’usager et de notre cadre de vie, défend une architecture responsable, affirmée, prospective et engagée.

Nous travaillons pour l’homme et à hauteur d’homme, car l’architecture doit être belle à vivre autant qu’à regarder. Elle doit communiquer avec les gens, parler à ceux qui passent comme à ceux qui y habitent, et c’est un exercice qui nous captive.

Il est nécessaire pour nous de relier les choses, les hommes et les situations.
Nous pensons également qu’il n’est pas suffisant de se couler dans l’air du temps ni de succomber aux modes éphémères, car il vaut mieux édifier pour la durée une architecture servante qui saura trouver sa place dans le tissu urbain. Pour conclure, la livraison d’un projet et la fin d’un chantier signe pour nous un commencement, non une fin.

tlbb-ok-4 tlbb-ok-5

TLBB magazine : Un super beau projet que de travailler sur une villa d’une artiste comment avez vous réfléchi ce projet ?
AA : Situé en plein cœur de Casablanca, l’enjeu principal de ce projet est l’insertion d’une maison contemporaine dans un tissu urbain dense et hétérogène, conçue pour une artiste. La construction s’adosse côté ouest à une maison au gabarit imposant, et s’ouvre côté est à une maison en RDC.

L’emprise constructible imposée par la réglementation urbaine, est cisaillée, étirée, extrudée et inversée, pour donner naissance à une imbrication de volumes qui cadrent les vues et donnent aux espaces une singularité sans les segmenter.

Tout en longueur, des fentes tout hauteur dans l’habillage participent aux séquences et sont les références linéaires du rapport au site et au jardin. Un rapport essentiel souhaité par la cliente, et autour duquel s’articule tout le projet puisque la maison s’ouvre sur son jardin et propose une ambiance paysagère diversifiée.

L’univers artistique de la cliente est quant à lui en retrait des espaces de vie et jouit de deux accès indépendants. Ce choix est motivé par la nature de son art, afin de lui créer un véritable cocon insensible à toute sorte de perturbations.

C’est donc au Rez_de-Jardin qu’un atelier d’artiste prend place, où l’usagère pourra s’adonner pleinement à sa passion. Cet espace jouit d’un éclairage direct à travers une serre végétale et une cours anglaise qui se situe dans le prolongement du parking. Une simple cloison vitrée vient scinder l’espace en deux pour créer un filtre visuel et acoustique, afin de lui offrir les conditions les plus propices à l’exercice de son art.

tlbb-ok-6

TLBB magazine : Une vision de deux hommes pour une architecture destinée à une femme, parlez nous de ça.
AA : Nous pensons que l’architecture est totalement asexuée. Il faut réussir à s’approprier le projet.

Et s’approprier un projet c’est construire pour soi-même, et avoir la même exigence pour chacun de ses projets, qu’ils soient destinés aux femmes ou aux hommes, conçus par des femmes ou par des hommes.

En définitif, pour nous l’architecture n’a pas de genre, et encore moins de sexe.

tlbb-ok-7

TLBB magazine : Quelle sont vos référence architecturales ?

AA : Les architectes se servent de références comme éléments qui favorisent l’apparition des nouvelles idées de projet, et nous ne faisons pas exception à la règle.

A ce juste titre, l’environnement qui nous entoure est extrêmement riche. Il ne se limite pas seulement à des images d’édifices ou des codes propres aux différents courants architecturaux, à leurs époques et leurs styles, mais puise son inspiration dans la culture même, à travers ses mœurs, ses codes vestimentaires, ses rapports sociaux ou encore même dans sa cuisine. Les références pourront également être des cas d’architecture, des types architecturaux, une odeur, un son ou une image, par exemple.

Cependant, pour nous prêter au jeu, nous pouvons citer comme références architecturales les travaux de Tadao Ando et sa façon de travailler la matière et notamment le béton, les projets de Toyo Ito et ses structures élégantes, le minimalisme de Mies van der Rohe ou encore l’architecture post moderne de Zaha hadid.

tlbb-ok-8

TLBB magazine : Que pensez-vous de l’architecture actuelle au Maroc ?
AA : L’architecture, au moyen de son vocabulaire, raconte une histoire ; celle d’un peuple, d’une civilisation. L’architecture, est imbibée d’identité, de culture, d’histoire … l’Architecture est l’Identité.
Cependant, ce que le passé nous a laissé comme savoirs et acquis semblent être enterrés ou incompris alors que ceux du futurs nous apparaissent comme indéchiffrables ou inaccessibles. Il apparait que l’acte de bâtir est en train de devenir routinier, banal, avec un processus identique et répétitif dans le temps. L’architecture marocaine reflète bien la situation de sa société; elle est très dépendante de la production mondiale, en pleine recherche de repères, et un mode de vie en pleine mutation. Il nous paraît évident que la recherche d’une architecture et d’un urbanisme marocain contemporain ne peut passer que par une subtile cohabitation entre ancien et nouveau, passé et présent. Ce ne sont pas les pistes de réflexions qui manquent au Maroc. L’histoire nous propose un bagage riche en expériences, en cataloguant les architectures les plus primitives s’appuyant sur des matériaux locaux, aux architectures locales les plus voluptueuses, extravagantes et les plus identitaires.

Mais le Maroc n’est pas représenté uniquement par le seul héritage de ses villes ; il y a aussi le Maroc des régions, abritant souvent une population pauvre ayant développé des techniques de construction uniques et ingénieuses. Dans ces régions où le béton n’a pas encore fait sa place, les marocains construisent toujours comme leurs ancêtres l’ont toujours fait. Cette diversité devrait interpeller les architectes d’aujourd’hui, afin qu’ils puisent dans cette culture les fondements mêmes de l’architecture de demain. Il faut absolument qu’on puisse arriver à réutiliser et réactualiser d’anciens procédés de construction issus d’un savoir-faire local, et ancestral pour mieux coller à la réalité du Maroc.

En définitif, il y a certes des choses à changer et cela se fera progressivement. Mais nous pensons qu’il ne s’agit pas de trouver une identité, il est logique que celle-ci se profilera naturellement à force de réponses aux enjeux des projets, aux besoins de la société en pleine mutation. 

TLBB magazine : Si vous aviez un little black book que mettriez vous dedans ?
AA : Si nous avions un little black book nous mettrions probablement dedans tout ce qui nous fait trébucher mais nous rend certainement plus fort.

tlbb-ok-9

3D : AA

1 COMMENTAIRE

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here