Je pense toujours ma danse hors cadre et pourtant chacun des cadres dans lequel j’ai dansé a eu son influence. Au premier degré, juste après la rencontre avec soi-même, il y a la rencontre avec l’espace.

Cette rencontre, dans une approche improvisée du mouvement, est plus qu’une simple source d’inspiration. L’espace est un partenaire car le danseur et l’espace deviennent respectivement des éléments de révélation de la danse.

A force de se rendre disponible à cette  rencontre inattendue, et de proposer ma danse dans des lieux qui n’ont pas été initialement créés dans cette optique-là, ma danse a acquis une qualité « tout terrain ».

Quand je suis à la  recherche de nouveaux mouvements, ou plutôt lorsque je cultive le mouvement à jamais renouvelé, le décor extérieur est plus une donnée qu’un enjeu.
J’ai très vite  compris que la danse n’a aucun rapport avec le décor et que, la mienne en particulier, n’a aucun rapport avec la musique.

La complicité millénaire qu’entretiennent la musique et la danse porte à confusion jusqu’à nous laisser croire qu’elles sont indissociables, mais ce sont deux  formes d’art bien différentes. La musique et la danse ont une facilité à se « rencontrer », à partager ensemble un même espace-temps ; une union qui génère une harmonie émouvante.
Avec la vidéo-danse de TLBB produite par Nomade Studio, je donne suite à la performance donnée au Kouzina Concept Store le 29 octobre 2016. La vision de From Both Sides était d’explorer en mouvement un espace d’intérieur (le store) et d’extérieur (le Quai des Créateurs)  pour ainsi mieux apprécier deux danses très différentes. Le public était invité à déambuler d’un espace à l’autre, et à assister à la rencontre de la danse avec les deux environnements.

La vidéo «  Danse du Silence » explore de façon encore plus ludique les espaces et abandonne toute conception binaire. Dans son rendu, From both Sides  était très scolaire, voire simpliste.
Nous explorons de nouvelles possibilités avec « La Danse du Silence ». L’expérience est de créer différents espaces imbriqués. Chacun porte sa densité propre malgré leur étroite proximité.

Le corps dansant est invité à les traverser, à développer physiquement ces différentes rencontres. Le cadrage révèle ces strates du décor. Le générateur majoritaire du mouvement de ma danse est le déséquilibre, ici il propulse la danse d’un cadre à un autre. Je souhaitais mettre en scène ces espaces entre les espaces. Le déséquilibre, le chaos et l’incertitude vécus comme des nécessités accouchent d’un mouvement et le guident sans jamais le diriger. Le corps ainsi propulsé d’un environnement ne s’installe jamais et reste en perpétuelle transition. Offrir une vision d’un espace existant entre chacun des espaces et entrainer le regard dans le déséquilibre du corps, c’est l’invitation de «  La Danse du Silence ». Un voyage dont la destination n’est que secondaire, le plaisir de voyager l’emportant sur son propre but.

Mehdi Mojahid

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