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Interview avec  Julie Defudes professeur a l’Académie des Art Traditionnels de Casablanca et fondatrice de Dar Islie.

TLBB Magazine :Raconte nous un peux plus comment est venu l’aventure Dar Islie ?

Julie Defudes : Dar Islie est née d’une réflexion personnelle sur ce qui me faisait vraiment vibrer. La réponse était simple: le travail à la main! J’aime l’irrégularité du travail à la main. L’âme qui s’y cache et toute la poésie qu’il en dégage.

J’avais déjà lancé des essais de collection avec des artisans (surtout des brodeuses: vêtements, linge de maison) mais je me suis rendu compte que ce qui me plaisait n’était pas tant le produit mais plus  la recherche de l’univers de créa/des inspirations et tout le relationnel avec les artisans. Je me suis confronté rapidement à des artisanes qui maitrisaient un superbe savoir faire mais qui ne comprenaient pas ma démarche de création et qui ne voyaient surtout pas ce que cela pouvait leur apporter.

Je me suis donc dit que la solution n’était pas dans la sous-traitance mais plus dans co-traitance, le travail d’équipe et la formation/l’accompagnement de ces artisans.

Ismail, mon mari et cofondateur de Dar Islie, s’est très vite pris au jeu et nous avons construit ensemble ce projet. Un projet de vie, Dar Islie n’est pas ligoté aux savoir faire marocains, mais aux savoirs faire du monde.

Nous avons construit le projet autour d’un axe clé: les transversalité. Passerelles entre techniques, entre cultures, entre peuples,  entre compétences et disciplines.Pour nous, la sauvegarde d’une technique ou d’un produit ne peut passer que par la sensibilisation et l’innovation.dsc_0443

TLBB Magazine :Comment voit tu le future de l’artisanat au Maroc?

Julie Defudes : Beaucoup de choses se passe au Maroc sur ce secteur. Il y a de plus en plus de collaborations artisans/designers qui sont mises en lumière. C’est très bien mais ce n’est pas suffisant. Je pense qu’il y a encore beaucoup de travail à faire sur le plan social et humain. Sauvegarder et pérenniser des savoirs cela passe aussi  et surtout par promouvoir les hommes et les femmes qui maitrisent ces savoirs. Leur apporter reconnaissance et des revenus justes et dignes.

Le patrimoine marocain est d’une extrême richesse. Le potentiel est énorme .Mais force est de constater qu’il y a aujourd’hui 2 routes qui se dessinent : d’un côté des collaborations designers/artisans où l’artisan lui même n’est pas souvent mis en avant et de l’autre des productions qui ne sont qu’une répétition sans limite des mêmes produits, des mêmes motifs et couleurs.

Beaucoup de techniques sont entrain de disparaitre… le brocart, certaines techniques de tissage de tapis, la technique du filigrane en bijouterie….

Les jeunes se détournent du secteur car peu rémunérateur et laborieux.

J’espère que le regain d’intérêt pour les métiers manuels que l’on constate en ce moment en Europe va avoir un impact positif ici au Maroc.

Mais pour cela, il faut aussi une vraie politique culturelle autour de l’artisanat. Associer artisanat et culture est à mon sens primordial.

Allier innovation, design mais aussi grade de qualité.

Il n’y a pas ici de vraie différenciation entre « artisanat » et « artisanat d’Art » comme on peux par exemple l’avoir en France. On se retrouve donc in fine avec des techniques dégradées, simplifiées à leur maximum pour alimenter un marché « artisanat bas de gamme » pour touristes.

Mais je reste très optimiste malgré tout! Comme je le répète souvent à mes étudiants, il y a des milliards de choses à faire! Il faut juste être inventif et passionné!

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TLBB Magazine : La collaboration entres LISAA Paris et les étudiants de l’Académie des Arts Traditionnels, d’ou vient cette idée et pourquoi ?

Julie Defudes :Nous pensons que pour pérenniser une technique ou un produit  il faut lui apporter de l’innovation. L’idée de notre concours PULSE (impulsion en anglais) et née de l’idée simple de faire travailler de jeunes créatifs étrangers (qui ont une autre vision du Maroc, du produit en question) avec des artisans marocains afin de les amener à  porter ensemble  un autre regard sur cette technique ou produit .Associer les compétences mais aussi créer un dialogue culturel.

Quand j’ai commencé à travailler avec l’AAT, j’ai constaté que les étudiants étaient demandeurs d’aller au delà de leur champ de compétences et donc de concevoir des produits plus pointus. Seulement, voila, cela ne fait pas partie de leurs compétences! L’idée de lancer un dialogue  entre étudiants était donc évidente.

LISAA Paris (Section mode de Paris et Nantes) a été une des premières écoles à être emballée par ce projet et leur équipe a rapidement montrée un intérêt pour notre démarche.

Nous avons travaillé 2 années consécutives avec l’AAT etLISAA Paris (Pulse 1#handira , Pulse 2 #boucherouettes bags).

 

TLBB Magazine :Du coup la démarche est beaucoup plus intéressante que le résultat en soit ?

Julie Defudes :Bien évidemment!! Bien sur, nous avons fait notre maximum avec l’équipe deLISAA Paris et les maâlems de l’AAT pour avoir de beaux rendus.

Mais pour moi le plus intéressant et stimulant est de pousser les étudiants à donner le meilleur d’eux mêmes (d’ou l’idée d’un concours) , les amener à  repousser les limites techniques, les faire sortir de leurs zones de confort.

Pour les étudiants marocains, leur ouvrir les yeux sur ce qui se passe ailleurs et pour les français, leur montrer ce qu’est le Maroc d’aujourd’hui et leur faire connaitre le patrimoine local.

L’échange et le partage sont la clé de voûte du Pulse. Leur apprendre à co concevoir, coréaliser. Défendre leur projet ensemble devant un jury de professionnels.

Et puis, le workshop permet de les réunir à Casablanca. Les lauréats français rejoignent leurs camarades marocains pour un workshop d’une semaine.

Ils ont ainsi la possibilité de finaliser leurs créations ensemble. Le vrai partage commence à ce moment là .Découvrir la ville, les coutumes, se découvrir.

Pour cette 2ème édition, nous avons permis aux lauréats marocains de découvrir Paris pendant 3 jours et donc de prolonger encore ces échanges.

A travers ce concours notre objectif est aussi de créer petit à petit une toile, des passerelles. Demain ces jeunes seront des professionnels, des entrepreneurs et si nous pouvons leur permettre grâce à ce projet de créer leurs réseaux, le pari est réussi!

Nous avons par exemple repris contact dernièrement avec Clara, une des lauréates nantaises du Pulse 1 #handira.Nous travaillons avec son collectif sur un projet dans l’Atlas.Des passerelles encore et toujours!

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TLBB Magazine : C’est quoi le nouveau positionnement de l’artisanat maintenant avec l’Académie et ces artisans qui sont plus dans l’apprentissage par l’expérience mais plus par une étude académique ?

Julie Defudes :Il m’est difficile de répondre à la place de l’AAT! Mais je pense que leur volonté est de former des gens polyvalents. Allier connaissance et maitrise technique, créativité et management.

Mais je ne parle pas en leur nom!

TLBB Magazine :Pourquoi ce sujet : boucherouette bags?

Julie Defudes :J’avais envie de faire travailler les étudiants sur un produit mélangeant 2 techniques et donc aller plus loin que la première édition sur les associations de compétences.

Nous avons beaucoup travaillé sur le recyclage et le détournement l’année passée .Sans le vouloir cela été raccord avec la COP21. L’idée de détourner et de revaloriser le tapis boucherouette, un tapi considéré comme cheap me plaisait. J’aimais l’idée de retrouver à la main ou au dos d’une femme ce tapis de haillons.

Et le résultat fut hyper contemporain!

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Photos : Académie des Arts Traditionnels

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