« And the color of the horizon had matched the content of our glasses as our blues set in and love set off.»

Sous le regard bienveillant d’un croissant en gestation, tu foules un autre été haut en couleurs. Un été de bougainvilliers et de violettes, chaleureux et parfumé, bien perméable à la dominance de mon blues solidement enraciné tel un chêne du Haut Atlas. Constant, majestueux et tranquille.

Tu voudras pour la énième fois me faire interroger, moi, l’état d’âme qui s’amuse à altérer tes émotions.

«  D’où viens-tu.. ? »

Tu pourrais consulter le livre de Burton « L’Anatomie de la Mélancolie » où il me dissèque délicieusement mais quelque part en toi, tu es outré par l’existence d’un ouvrage pareil. Moi aussi d’ailleurs. Alors tu choisis d’accentuer le ressenti en mettant ta playlist ultra pêchue du style Anthony & the Johnsons, Lana Del Rey, Low etc. Tu t’en délectes.

Vouloir parler de moi viendrait à vouloir parler d’amour. Nous deux  partageons respectivement une contiguïté d’identification et de représentation avec l’état dépressif et le désir. La ligne de crête est fine et les subtilités restent à définir. C’est également vis-à-vis du caractère pudique qui nous a été conféré dans un certain imaginaire qu’on parle et qu’on se vit de nous-même et que toute tentative consciente d’examen verbal nous serait infâme.

Cioran disait que dans un monde sans mélancolie, les rossignols se mettraient à roter. Tel un adoucissant, un catalyseur, l’atrabile en moi teinte et fait belle tache. Sans ma présence, on n’aurait jamais connu Les Fleurs du mal, les fameuses Madeleines de Georges de la Tour, La Sérénade pour cordes de Tchaikovsky, le Blue Velvet de Lynch et j’en passe. Et même si je ne suis peut-être pas l’essence de la création selon ce génie du cinéma, je reste à jamais nécessaire à la compréhension et à l’absorption de ce qui vous entoure et de ce que vous ressentez. Je parle des yeux et transpire du cœur, contamine les pensées et timbre l’esprit. Non, je ne fais pas nécessairement barrage à la joie de vivre, car dans une logique mélancolique pure, il est certes contraignant d’être en vie, mais gratifiant à différents degrés de l’être.

Khaoula Farissi

Photo de Lotfi Souidi

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